C’est sous le thème Un gouvernement souverainiste au service des Québécois que se tenait, les 15 et 16 mai derniers à Drummondville, le troisième colloque thématique du Parti Québécois. Ce conseil national spécial, qui regroupait des centaines de déléguées et délégués de partout au Québec, était le dernier rendez-vous pour les membres du PQ avant le lancement officiel en juin prochain de l’important chantier démocratique de consultation qui se mettra en branle au cours des prochains mois afin de développer et de débattre des propositions qui mèneront à l’adoption du programme du PQ en avril 2011.
D’abord la justice sociale
D’entrée de jeu, soulignons que ce colloque thématique a permis de constater que les militantes et militants du Parti Québécois demeurent toujours aussi convaincus que les valeurs de solidarité, de justice sociale et de partage doivent figurer à l’avant-plan du projet de pays que nous proposons au peuple du Québec.
Le virage proposé par le comité exécutif du parti de rénover de fond en comble le filet social offert aux Québécois pour le rendre plus efficace est donc resté sur le carreau lors de ces débats. Et il ne faudrait surtout pas faire l’erreur d’interpréter cette prérogative des militantes et des militants comme l’expression d’un manque de rigueur ou d’un refus de bien saisir l’ampleur des défis qui nous attendent.
Au contraire tout au long des échanges, il faisait bon voir « monter au micro » des dizaines de militantes et militants, jeunes et moins jeunes, aux arguments solides et largement partagés, qui se sont clairement prononcés en faveur des orientations sociales-démocrates qui ont généralement caractérisé les politiques du Parti Québécois.
Au service des familles
C’est dans une salle bondée et très active que s’est déroulée la portion du colloque portant sur les politiques familiales et l’éducation. Comme les sujets de cet atelier étaient nombreux et qu’ils risquaient de générer d’importants débats, les organisateurs avaient judicieusement choisi d’allouer plus de temps à cet atelier afin de permettre aux participantes et participants de prendre le temps de bien approfondir les multiples dimensions des éléments soulevés.
L’atelier consacré aux politiques familiales était animé par Nicolas Girard. Celui-ci a rappelé en ouverture comment le PQ avait contribué à la mise en œuvre de deux chantier importants pour faciliter la vie des familles au cours des dernières années. Il a souligné la remarquable réussite du réseau des centres de la petite enfance et le mini babyboom occasionné par la mise sur pied du Régime québécois d’assurance parentale.
À leur tour, les militantes et militants ne se sont pas privés pour affirmer haut et fort dans un premier temps qu’il fallait poursuivre et terminer ce grand chantier des CPE. La très grande majorité ont soutenu qu’il fallait en assurer l’accessibilité pour toutes et tous en maintenant des tarifs très bas et que, par souci de qualité des services, un gouvernement du Parti Québécois devrait également à la fois exiger que l’ensemble du personnel éducateur ait une formation et que le nombre d’installations pour un promoteur soit limité.
C’est à l’unanimité que les intervenantes et intervenants sont venus souligner l’importance de s’assurer que le personnel des CPE possède une bonne connaissance de la langue française et qu’il était primordial d’interdire toute forme d’enseignement religieux dans les services de garde.
De plus, une majorité d’intervenants ont également appuyé les orientations favorisant la construction de logements sociaux et de coopératives d’habitation, le développement et la réfection d’infrastructures (parcs, piscines, bibliothèques) afin d’améliorer la qualité de vie des familles.
Faire de l’éducation une véritable priorité
C’est sous la gouverne de Pierre Curzi que s’est déroulé l’atelier sur l’éducation. L’unanimité s’est rapidement développée autour de plusieurs orientations, dont celle soulignant l’urgence de lancer un grand chantier d’alphabétisation au Québec. Quand on sait que 40 % des Québécois sont analphabètes fonctionnels, il est effectivement urgent de s’attaquer à ce problème endémique.
C’est de manière très nette également que l’idée de retirer aux commissions scolaires la responsabilité d’offrir la formation professionnelle afin de la confier aux institutions collégiales a été mise de côté. Toutes et tous s’entendaient par ailleurs sur l’importance de revoir l’ensemble du financement des cégeps, afin entre autres de permettre aux cégeps de région de véritablement jouer leur rôle en offrant à la fois qualité et accessibilité à l’enseignement collégial.
Afin de renforcer l’école publique, une grande part des interventions proposaient de réduire graduellement le financement des écoles privées afin de le réinjecter dans le réseau public, qu’il fallait revoir certaines structures administratives du ministère de l’éducation et que l’on devait éviter de relancer le débat sur les commissions scolaires. On peut assurément revoir certains processus sans pour autant tout démanteler.
Prévenir plutôt que guérir
Dans l’atelier sur la santé présidé par le député Bernard Drainville, les participantes et les participants ont salué l’accent mis sur la prévention plutôt que sur le curatif, tout en critiquant l’emphase placé dans le document préparatoire sur la responsabilité individuelle plutôt que sur la responsabilité collective. « Si on veut bien manger, les entreprises doivent nous offrir des produits sains, de qualité, sans OGM ».
Cependant, l’enjeu principal de l’atelier, qui avait défrayé la manchette au cours des jours précédents – ce qui explique la présence de nombreux journalistes – était la proposition de « revoir les services qui sont actuellement assurés par la RAMQ » et celle qui proposait de supprimer les agences régionales de la santé.
Curieusement, aucun membre de l’Exécutif national et aucun député n’est allé au micro défendre ces propositions. En fait, la seule intervention sur le panier des services couverts par la RAMQ est venu d’un membre du SPQ Libre qui a proposé, au contraire, d’élargir la gamme des soins et services couverts pour couper l’herbe sous le pied aux compagnies d’assurance, tout en soulignant que c’était un investissement extrêmement rentable lorsqu’on considère l’augmentation de l’espérance de vie des Québécoises et des Québécois au cours des récentes années.
D’autre part, des représentantes et représentants des régions ont taillé en pièces la proposition de supprimer les agences de santé. « On les connaît, on travaille avec, on ne veut pas être obligé de devoir aller quémander à Québec », ont-ils déclaré en substance.
Les participants ont appuyé les propositions d’élargir les responsabilités des super-infirmières et des pharmaciens, en y ajoutant le projet des super-ambulanciers, pour permettre un meilleur accès aux soins. Plusieurs intervenants ont demandé de rétablir les CLSC dans leur mission première, c’est-à-dire d’être les portes d’entrée et la pierre angulaire du système, particulièrement si on veut mettre l’accent, comme l’indiquait le document des propositions, sur les soins à domicile.
La question du financement a également fait l’objet de plusieurs échanges intéressants. Les militantes et les militants ont proposé de « sortir les agences privées » du système de santé et ont mené une charge à fond de train contre les compagnies pharmaceutiques. Ils ont rappelé que la solution ultime résidait dans l’indépendance du Québec, qui nous permettrait de rapatrier les impôts que nous envoyons à Ottawa et d’en allouer une bonne partie à la santé plutôt qu’à l’armée comme c’est présentement le cas avec la guerre en Afghanistan.
Dans les autres ateliers, les membres du Parti Québécois ont traité d’une foule d’autres sujets, allant de l’itinérance, au Revenu minimum garanti, au soutien nécessaire au groupes communautaires, toujours avec le même souci de mettre l’État au service des citoyens, le collectif au service des individus.
En marche vers le congrès d’avril 2011
Cette grande réflexion sociale aura donc permis de véritablement mettre la table pour les semaines et les mois qui viennent. Les débats seront assurément très riches et très animés et les propositions qui seront acheminées au congrès d’avril 2011 devraient permettre au Parti Québécois de se distancer du discours misérabiliste et réducteur qui circule présentement au Québec.
Il ne faudrait surtout jamais perdre de vue, que tout ce travail effectué par les militantes et les militants du Parti Québécois au cours des derniers jours ne prendra véritablement tout son sens que lorsqu’il s’articulera autour des plus fondamentales, des plus prestigieuses valeurs de justice sociale que sont la LIBERTÉ et L’INDÉPENDANCE.